Parcours

Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds

11 septembre 2022

Mercredi 27 juillet

Réveillé très tôt, j'en profite pour lire tous les articles portant sur le Tadjikistan que je m'étais imprimés avant de partir. Ça fera ça de moins à porter. Problème depuis hier soir, je ne reçois plus le signal GPS, ce qui est très problématique pour mes randos à venir. Normalement, pas besoin de réseau et même en mode avion, ça fonctionne, ce qui est très pratique pour économiser la batterie sur des treks de plusieurs jours. Ça m'est déjà arrivé au Maroc il y a quelques années et j'avais réussi à le faire réapparaître en me connectant à un réseau (la triangulation tout ça tout ça ...). Souci : ça fait une semaine que je n'ai pas de connexion. Je tente l'achat de SIM locale (réseau Megafon : 100 TJS) au marché (marché de Murghab : des containers de transport maritime alignés côte à côte). Heureuse idée, divine surprise : quelques minutes après, le curseur redevient bleu sur mon fond de plan topographique Orux maps. Quitter à pieds le bout du monde pour aller encore plus loin, ça fait bizarre... 100 bornes plus loin, il y a bien le fameux lac Karakul et le bled du même nom, puis encore plus loin, le Kirghizistan, mais sinon, c'est le paysage de Mad Max. J'ai 6 bornes à faire pour rejoindre un embranchement à gauche qui, en remontant une vallée, m'amènera au départ d'un tracé GPS. J'en fais la moitié d'un bon pas, l'autre moitié à bord d'un pickup de militaires qui me prennent pour un fou quand je les fais me déposer à l'embranchement. De là j'ai 16 kms dans une vaste vallée. Je flippe un peu en ne voyant ni n'entendant la moindre trace d'eau, mais je poursuis la route sous un soleil de plus en plus mordant. À la moitié du trajet, une vieille Lada défoncée arrive à ma hauteur et me propose de monter, bien qu'ils soient déjà 6 à l'intérieur. Si je peux garder mes forces pour l'ascension, je prends. On arrive à un premier micro village, point de départ de ma randonnée, composé de trois yourtes. Je fais signe que c'est là ma destination mais on me dit qu'on reviendra. On ne va tout de même pas laisser l'étranger repartir le ventre vide : au bout de la vallée, deux yourtes, adossées chacune à un enclos. C'est spartiate mais confortable, une yourte : des tapis partout au sol, un poêle au milieu, un coin cuisine et plein de coussins. Je crains le pire niveau repas, vu que mes intestins sont encore en vrac, mais du thé, du pain et de la crème, ça passera, il suffit juste de ne pas trop tremper les morceaux de pain dans le yaourt fermenté. Le berger vit ici avec ses cinq enfants, d'une adolescente à un nouveau-né, qui mnobservent en permanence du coin de l'oeil. Après m'être gavé de thé, je découvre l'objet de la visite : l'achat d'un mouton. Les hommes passent un long moment dans l'enclos pour choisir la victime qui finira dans le coffre avec mon sac à dos. J'offre des bonbons, achetés au marché ce matin, à chaque enfant et on repart vers le premier village de yourtes, tandis que le plus vieux, à l'évocation de ma nationalité, ne me sorte "Pierre Richard, Gérard Depardieu, Jean Paul Belmondo ... et Patricia Kass" ! Je refuse une invitation à prendre le thé (sacrilège) : il est déjà 14h45 et je n'ai pour ainsi dire pas commencé mon ascension. Juste avant de partir, les passagers de la Lada me miment les animaux que suis susceptible de croiser là-haut : le loup, l'ours et la panthère des neiges. C'est donc le cœur léger que je débute cette randonnée, en me demandant dans les griffes et les crocs duquel je préférerais finir ces vacances. Aucun souci de repérage, le chemin est évident, il suffit de suivre le ruisseau et au pied du sommet partiellement enneigé, d'aller chercher le col à gauche. Sauf qu'arrivé à 4300m, le manque d'oxygène se fait bien sentir et que si je me souviens bien ma vitesse d'ascension verticale du premier trek, jen ai encore pour 2 à 3 heures de grimpette. Autrement dit, le soleil sera couché quand j'accèderai au col, et il fera nuit noire quand j'aurai assez redescendu pour pouvoir planter la tente. Partagé entre la prudence et la frustration de faire une randonnée un peu ridicule du coup, il faut croire que tous les "et surtout tu feras bien attention à toi, hein ?" entendus avant de partir ont produit quelque effet : à 16h30, un joli tapis vert et plat finit de me convaincre et accueillera ma couche du jour. Je pars à la recherche de bois de combustion : à part quelques brindilles et des bouses séchées, rien. Du coup, j'avale un petit paquet de sorte de noix de cajou acheté ce matin au marché et ça fera l'affaire. Alors que je finis le paquet et que je m'apprête à gonfler mon matelas, je m'arrête net. Que vois je qui descend du flanc de la montagne ? Un couple de loups ! Leur allure est celle d'une famille dans le parc du château de Versailles : tranquille, décontracté du museau ... Et v'la t'y pas qu'ils se dirigent dans ma direction ... "Ils ne peuvent pas ne pas m'avoir vu", me dis-je en ouvrant mon Opinel et en me remémorant mes face-à-face avec un éléphant puis un requin baleine. Et ben non, ils ne m'avaient pas capté : d'un coup, celui de tête se fige, lève le museau, me voit, on se toise trois secondes et il détale en entraînant son compère pour repartir d'où ils étaient venus. Je passerai le reste de la soirée à faire des vérifications panoramiques, à m'assurer trois fois que les rochers sur la crête n'ont la forme ni d'un ours ni d'une panthère, sans apercevoir autre chose qu'une famille de marmottes légèrement au-dessus de ma tente.

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