Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds
11 septembre 2022
Jeudi 28 juillet
Départ vers 10h15, arrivée au col deux heures plus tard. 4750m, 20 degrés, 574 hPa.
Montée agréable, régulière, dans une sorte de gravier.
Le ciel est voilé, j'ai même eu droit à quelques gouttes de pluie dans la montée, mais ça atténue la morsure du soleil. Au col, un décor très minéral. Et, à perte de vue, des montagnes. Une forêt de géants de granite, la tête le plus souvent saillante et immaculée, les flancs allant des différentes teintes de l'ocre clair au gris foncé, et la croupe verdâtre. Étonnamment, aucune difficulté à respirer normalement au sommet.
La première partie de la descente est très rapide : de grandes glissades dans les gravillons, comme sur les névés l'hiver dans les Pyrénées. Puis, exactement comme de l'autre côté, il suffit de longer le ruisseau jusqu'au fond de la vallée, et je serai passé de celle de Pshart à celle de Madian. Vers 14h30, j'arrive à ce qui ressemble à un camp de base : de modestes aménagements au sol, quelques déchets et des pierres en cercles. Et surtout, quelques morceaux de bois. L'occasion est trop rare : ce n'est pas que j'ai faim, mais ça ne se représentera peut-être pas, je m'arrête pour faire un feu et me "cuisiner", enfin, ma première portion individuelle lyophilisée. À l'ancienne, comme à Oman ou en Albanie, avec la gourde métallique dans le foyer (faut pas chercher à comprendre pourquoi l'étanchéité n'est plus parfaite). Ce n'est clairement pas bon, mais à en croire l'emballage, c'est plein de protéines et c'est pour les aventuriers. Ce qui n'aide pas à digérer pour autant : de toute façon, vu l'état de mes intestins, l'alimentation chez moi n'a plus qu'une vocation fonctionnelle, je dois m'alimenter pour ne pas voir fondre mes muscles. Dans la descente, je m'amuse avec les marmottes, qui semblent jouer à un mélange de chat-perché et de 1-2-3 soleil avec moi. L'arrivée dans la nouvelle vallée est surprenante : la rivière Murghab, assez large, semble profiter de la largeur de la vallée pour serpenter d'une montagne à l'autre, offrant en contrepartie de ses circonvolutions toutes chinoises une superbe pelouse d'un vert tendre qui tapisse l'ensemble de la cuvette. Quand j'arrive à la piste, ma décision n'est pas prise : à gauche, retour à Murghab (solution de facilité), à droite à une vingtaine de bornes en direction du lac Sarez, le début d'un autre tracé GPS qui semble mettre cap au sud moyennant 3-4 jours de marche pour rejoindre la Pamir highway. Mes jambes décident d'elles-mêmes : cap sur l'inconnu. De toute façon, j'ai l'impression que dans le coin, quel que soit le point cardinal choisi, j'aurai droit à des montagnes majestueuses, des vallées riantes, et un descendant d'Alexandre le Grand, de Marco Polo ou de Gengis Kahn qui me fera monter dans son camion chinois, sa Lada défoncée ou sur son yak fougueux vers de nouvelles aventures. En l'occurrence, une à deux bornes plus tard, s'arrête à ma hauteur une nouvelle caisse hors d'âge, conduite par le mec qui poursuit Tintin dans le Lotus bleu ("Lao-Tseu l'a dit...") avec à son bord un quadragénaire, un couple de petits vieux et une gamine. J'arnache mon sac sur le toit (vive les mousquetons) vu que les bêlements et coups en provenance du coffre suggèrent que ce dernier est déjà rempli. Direction Yak -Tal, bled d'une quinzaine d'habitations où, ô bonheur, se trouve une yourte faisant office de Guest house. Toute la troupe m'y accompagne et se fait servir le thé et le repas : comme d'habitude, du pain trempé dans deux types de yaourt crémeux (aïran), sauf que là j'ai droit en plus à une sorte de crêpe roulée aux pommes de terre (oromo), assez bonne. La configuration de la yourte est en tous points identique à celle d'hier, avec le tapis suspendu sur la gauche qui masque le coin cuisine et le petit meuble à sa droite où sont rangés tous les ustensiles, les théières étant suspendues à côté (l'armature en bois d'1,5 mètre qui fait le tour de la yourte kirghize est super pratique pour suspendre tout un tas de choses). Pour digérer et avant que le jour ne tombe, j'entreprends le tour du village, et je pique un tête dans la rivière pour me rafraîchir et me laver. Franchement, c'est bien la peine de choisir le pays le plus inconnu, de se rendre dans sa contrée la plus haute et éloignée, de passer de vallée en vallée par des cols à 4750m ... pour au final bénéficier de meilleures conditions que si j'avais choisi de faire le GR10 ou le chemin de Saint Jacques de Compostelle ! À part le jus d'orange frais le matin et la wifi, ce qui reste du domaine du supportable, rien ne manque. Et on s'était fait la même réflexion il y a trois ans à Oman avec l'ami Gaël ...
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