Parcours

Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds

11 septembre 2022

Dimanche 24 juillet

La gérante m'ayant averti que j'aurais du mal à trouver un transport public pour rejoindre Jelondy, ma nouvelle destination, je ne suis pas pressé de me lever. Je lis quelques articles du Monde puis entreprends de me séparer de mon petit sac à dos : l'idée est de partir randonner pour 8 à 10 jours puis de revenir ici, au Pamir Lodge de Khorog, pour reprendre des forces avant d'envisager la dernière partie de mon séjour. Je ne conserve donc que l'essentiel, notamment niveau nourriture, le petit sac vintage Décathlon du grand père restera au Pamir Lodge. J'avoue, je procrastine, je retarde l'échéance d'affronter l'incertitude du bitume. Faut bien avouer que je commence à me sentir à l'aise dans cette ville : à la terrasse du Choi Khog, le café restaurant du City Park, la gérante m'apporte mon pichet de jus de citron à la menthe dès que j'arrive et me dit qu'elle a commandé des fruits exprès pour moi (je profite de mon passage en plaine pour faire le plein de légumes et de fruits frais). Je finis par quitter la ville à pied. Un premier taxi collectif m'amène jusqu'à la sortie de la ville. Gratuitement. Un second me récupère un peu plus loin mais dans une montée : dommage, il n'a plus de puissance pour redémarrer et doit faire demi-tour pour remonter la pente avec élan. Il me dépose, gratuitement, après le checkpoint, où me récupère dans un superbe 4x4 un diplomate Tadjike bossant pour l'ONU qui rentre chez lui. Il me dit que ce n'est pas gagné que je trouve un moyen de locomotion pour Jelondy et me propose de passer la nuit chez lui. J'hésite parce que le gars parle un excellent anglais, semble très intéressant et sa maison fort coquette, mais il n'est que 17h15 et j'ai encore espoir de parvenir à couvrir les 130 bornes qui me séparent de ma destination. Les 50 kms suivants seront effectués à fond, sur une bande originale de techno arabisante, avec deux jeunes médecins originaires du nord du pays qui viennent faire des consultations dans la région, probablement dans un centre de santé de la l'Aga Khan. Ils me déposent dans une station service tenue par une sympathique famille qui m'invite à dîner un excellent mouton et dont le fils aîné négocie pour moi la fin du trajet avec un camionneur. Le pitch est parfait pour un reportage sur la mythique Pamir highway : coucher de soleil sur des montagnes de plus en plus aiguisées, camion énorme avec inscriptions chinoises sur la cabine, et cap sur la frontière avec l'Empire du milieu. Far east dans un décor de Far west. Pas un mot échangé avec mon chauffeur pendant ces presque deux heures de trajet. Il crache souvent par la fenêtre, évite soigneusement les nids de poule nombreux de la route qui tient parfois davantage d'une piste, qu'il doit connaître par cœur à force de faire les allers-retours de Dushanbe à la frontière chinoise, mais ne change (malheureusement) jamais de musique : une espèce de chanson de yoga insipide boostée par des synthétiseurs. Vers 21h30, mon gros camionneur mutique me fait savoir d'un mouvement du visage que le trajet s'arrête là pour aujourd'hui et m'indique une auberge de l'autre côté de la route. Il reste 7 kms jusqu'à Jelondy mais c'est logique que les camionneurs ne s'arrêtent pas dans les centres villes. L'auberge relève davantage du homestay que des prestations hôtelières. Aux regards étonnés des hôtes et aux excès d'attentions qu'ils m'accordent, il est évident qu'accueillir des touristes ne fait pas partie des habitudes de la maison. Les enfants sont priés de dégager, on dépose une nappe à même le sol de cette pièce composé d'un tapis entouré de nattes, on amène le thé (cool), puis un repas entier (moins cool : je dois faire honneur à un second dîner dans la même soirée, heureusement que le riz carottes est bon et constitue un régime parfaitement adapté à l'état de mes intestins). Le lavage des dents, c'est dehors, via un gros tuyau à même le sol qui me surprend : il y coule une eau chaude et soufrée qui me rappelle que Jelondy est une cité thermale. Difficile de m'endormir : je suis déjà à un peu plus de 3500m, et toutes les trois minutes environ, je dois prendre une grande inspiration. C'est un flippant cette sensation d'oppression mais je m'endors en me disant que le processus d'acclimatation à l'altitude va ainsi travailler tout seul cette nuit.

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