Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds
11 septembre 2022
Dimanche 31 juillet
Le propriétaire des lieux vient retirer les cendres du poêle et le remettre en route pour la journée et notamment le thé du matin. Il n'est même pas 6h et j'aurais bien prolongé la nuit, hachée par des grattements de rongeur à quelques mètres de moi (pourvu que sa victime ne soit pas mon sac à dos). Je me lève en geignant intérieurement et vais mettre le nez dehors pour me réveiller. Le froid est vif. La lumière blanchâtre d'un soleil pâle dardant ses premiers rayons à travers la brume matinale accentue l'impression de fin du monde qui caractérise le lieu. Au bord d'une route délaissée, cette maison dont la moitié paraît condamnée semble avoir été de bonne facture, à en juger par ses sous-pentes en bois finement ornées. Décrépite, faisant face à des anciens garages à l'abandon, elle n'a l'air de tenir debout uniquement parce que et le temps que ses deux vieux occupants le sont. Clou du spectacle, la carlingue d'une sorte de chasse-neige sur chenilles gît en travers de la cour. Même le lac Chururkul, qui devait autrefois border la propriété, s'est retiré, laissant derrière lui sa traînée saline.
Avec le propriétaire des lieux, on n'aura échangé aucun mot, à peine un sourire du regard. Il m'aura ouvert sa porte alors que la nuit était tombée, on aura dîné dans la même assiette, il aura fumé sa dernière cigarette de la journée en m'observant préparer ma couche dans son salon, il m'aura regardé petit-déjeuner en écoutant sa radio, et il aura refusé que je paye quoique ce soit pour l'incruste. Pourtant il m'aura marqué, ce vieux bonhomme taiseux dans cette maison abandonnée. Avant de basculer au sommet de la colline qui surplombe le site, je me retourne et regarde en contrebas. Il est là, il suit ma progression, et me fait des grands signes pour m'indiquer le chemin. Je lève mon bâton en signe de remerciements et d'adieu : on n'aura jamais autant communiqué ...
Une fourgonnette me récupère en chemin pour m'amener à Bulunkul. Le chauffeur m'invite à prendre le thé chez lui et cherche absolument à me parler de plein de choses mais il ne parle pas un mot d'anglais. Ça en devient lourd. Jens, l'Allemand de Murghab, m'avait recommandé le homestay Nisso. Je m'y rends et m'affale dans une jolie petite chambre : la longue descente de la veille, le réveil matinal et ce vent qui n'est pas retombé depuis hier midi m'ont achevée. Quand je me réveille à 14h30, je commande un café pour pouvoir profiter de l'après midi dans le bled, qui a l'air bien sympathique. "Vous ne voulez pas plutôt un thé ?!" Bon, bon, va pour le thé ... Le gérant négocie pour moi avec un gamin du village la location d'un vélo. Excellente initiative : je pars me baigner dans les sources chaudes de Yashikul. Un régal : je passe un moment seul dans mon bain chaud malgré les 15 degrés extérieurs à surplomber depuis sa rive sud ce lac majestueux coincé entre des montagnes qui dépassent toutes les 5000m. Demain, je longerai sa rive nord, à pieds. Le trajet retour au soleil tombant est de toute beauté, tout comme la vue depuis la colline sur le petit village de Bulunkul, qui me rappelle Djenné. Au homestay, j'ai le courant, un peu d'internet grâce à ma carte SIM tadjike et un bon dîner qui m'attend. Je suis refait.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)







Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire