Parcours

Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds

11 septembre 2022

Samedi 30 juillet

La nuit a été plutôt bonne, mais froide et ventue. J'ai été réveillé à plusieurs reprises par le claquement de ma toile de tente, et j'ai supporté le collant et les chaussettes tandis qu'habituellement je les retire dès que j'ai réchauffé le duvet. Je garderai même mon sweat et mon coupe-vent pour la randonnée. Quand je sors de la tente, peu après 7h, un berger est déjà au-dessus en train d'accompagner le troupeau de brebis. Les bouses ne laissant pas de braises, je dois refaire un feu avec du bois laissé de côté la veille pour le café du matin et à 8h30 c'est reparti pour l'ascension du col, pile en face : ce n'est pas encore aujourd'hui que je vais galérer pour trouver le chemin, par contre j'ai intérêt à ne pas trop tarder en route car il y a ensuite une bonne trotte de descente en perspective. Ascension régulière et agréable sur un mélange de terre légèrement humide et des petits cailloux. Arrivée au col à 11h15 (je m'améliore), 4860m (idem), 16 degrés, 564 hPa. La descente est superbe : ces géants noirs escarpés à faire rêver les alpinistes, à perte de vue et à 360. Malgré quelques nuages hauts dans le ciel, la luminosité est parfaite, ce qui leur confère une forme d'accessibilité trompeuse. Passée la descente du col lui-même, le tracé part à droite dans une vallée hyper large, très belle car humide et bordée de solides vallons aux croupes généreuses, et habitée : outre une profusion de marmottes (d'ailleurs, plus ça va, plus je pense que le renard aperçu lors de mon premier trek en était une), j'ai compté plus d'une quinzaine de "bambis". Par contre, le vent qui me fait face est violent et gâche un peu le plaisir. Ce qui m'inquiète c'est que c'est tout plat : ça ne descend pas en dessous de 4300m pendant des kilomètres et des kilomètres. La descente reprend après le rétrécissement de la vallée où pâturent une trentaine de yaks. En contrebas, 3 yourtes et une maisonnette. Cette fois, pas de fausse modestie : ça fait bientôt 6 heures que je marche à plus de 4000m dont la moitié avec le vent de face, j'ai droit à un thé chaud ! En l'occurrence le quinquagénaire qui me reçoit vers 14h30 avec un soin tout princier et toute sa famille sous la yourte m'offre une belle collation. Je réalise que j'ai la dalle : pour la première fois sans appréhension, je plonge résolument mes bouts de pain maison dans les trois bols remplis de déclinaisons de crèmes (deux à base de lait de brebis, la dernière, plus épaisse, à base de lait de yak). Il me raconte qu'ils vivent ici de juin à octobre et que l'hiver la yourte est démontée. Avec son frère et sa sœur ils ont environ 500 têtes de bétail mais ce n'est pas beaucoup selon lui. Même s'ils doivent monter des choses (notamment fruits et légumes) de Murghab, où ils vivent l'hiver, en début de saison d'estive, il m'affirme être en autosubsistance ici : viande maison, pain maison, lait/crème/beurre/fromage maison. J'arrête de me gaver quand je me rends compte que ça fait un moment qu'il n'y a plus que moi qui me sert dans les petits bols sur la table, ou plutôt sur la natte posée sur les tapis au sol. Je prends congés à regret, tant la yourte est chaude et agréable au regard du vent froid qui souffle dehors. Là, coup de bol improbable, une jeep démarre devant la yourte du frangin. Je pique un sprint et j'arrive juste à temps pour m'économiser la dizaine de bornes qui nous séparent encore de la Pamir highway. Arrivés à celle-ci, la jeep prend à droite (youpi), mais bifurque ensuite rapidement à gauche vers un petit village des montagnes. Je me retrouve donc à marcher tout seul sur une route qui traverse un désert. Ambiance. Open street maps m'indique un village de yourtes environ cinq kilomètres plus loin mais je n'ai pas le temps de les parcourir que le premier truck driver qui passe me fait signe de grimper à bord. Une petite heure après, on arrive à Alichur, là où j'avais payé ma tournée générale en début de semaine. On s'y arrête pour dîner (toujours ça de pris) et j'y rencontre Olek, un Russe parti de chez lui en vélo le 1er mai et qui se promène jusqu'à l'automne. J'y croise trois autres truck drivers dont un qui est allé en France. Il en a retenu deux mots : "charger" et "décharger" ! On parcourt encore une trentaine de kilomètres avant que je ne demande à descendre. Sur l'ancienne route tout près de l'embranchement pour Bulunkul, que j'ai renoncé à atteindre ce soir vu que le soleil est déjà couché, j'ai remarqué une maison isolée, qui semble abandonnée mais qui pourra au moins abriter ma tente du vent. Deux chiens aboient, puis une porte s'entrouvre : la maison est habitée. À peine le couple d'un certain âge m'invite à rentrer que je me retrouve attablé avec un plat chaud de macaronis et une tasse de thé. De toute façon, à chaque fois que je rentre chez quelqu'un j'ai l'impression d'être attendu. Je redîne, dans cette pièce unique où une heure après je m'endormirai sur les nattes, en face du poêle en entendant le vent souffler dehors. Lucky.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Qui êtes-vous ?

Ma photo
Natural born back-packer