Parcours

Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds

11 septembre 2022

Jeudi 21 juillet

Contrairement à mes craintes, la nuit est plutôt bonne. Tour du cadran ! Je m'en veux presque d'avoir autant dormi. Il me faut que bonne heure avant de lever le camp et c'est bien trop tard que je me mets en marche : à 9h, le soleil cogne déjà bien. Mais le moral est revenu, le sac me paraît moins lourd et les jambes sont plus fermes que la veille. La progression lente, jamais à plus de 250m/h d'ascension verticale : surtout ne pas me mettre dans le rouge. J'arrive à me mettre dans mes pensées à tel point que j'entreprends une violente altercation avec Yann Arthus Bertrand (le mec me fait la morale sur le bio et l'écologie alors qu'il se fait livrer un drone high tech made in China par Amazon sur l'île de Port- Cros : non mais oh !), qui me fait gagner 150 mètres de dénivelé. La jolie robe blanche du pic Maïakovski, dont j'apercevais le crâne depuis deux jours, s'offre désormais à ma vue. Quelques jolies fleurs jaunes, rouges et violettes ornent le maigre filet d'eau que je remonte. De temps en temps, un oiseau dont le chant pareil au roulement de sifflet d'un gendarme me rappelle à l'ordre de ma difficile ascension. Honnêtement, j'ai du mal. Jusqu'à 200 mètres du sommet (c'est à dire 1 heure environ de marche, ou plutôt de lutte), j'ai douté. Avec le manque d'oxygène dans l'air, la morsure du soleil et le poids sur les épaules, impossible d'aligner plus de trois pas consécutifs. J'atteins finalement le col à 15h15 au lieu de 12h30 escompté. La vue sur l'Indu Kush afghan d'un côté, et de l'autre sur les pics Marx et Engels, est incroyable. Enfin de la très haute montagne, pour de vrai ! Mais je n'ai que peu le loisir d'en profiter : j'ai pris tellement de retard par rapport à l'horaire prévu que j'ai intérêt à ne pas tergiverser si je veux atteindre un spot assez bas versant opposé pour trouver de l'eau et un coin plat et herbeux pour planter ma tenté. L'hypothèse de passer la nuit recroquevillé dans mon duvet dans un recoin pierreux de la montagne n'est pas assez repoussante pour me faire accélérer, puisque c'est tout bonnement impossible cardiaquement. Mais suffisante pour ne pas passer plus d'une minute au sommet. Même pas la force de raconter un petit mot de solidarité dans une vidéo pour l'ami Gaël (et pourtant je l'avais préparé dans la montée). J'étais dans un pierrier casse gueule pour finir l'ascension, je suis dans des éboulis pentus pour démarrer la descente. Peu importe : psychologiquement, le sommet a été atteint, et je sais que chaque pas en avant me fera récupérer un micro dose de capacité pulmonaire. Le moral, qui avait été bien atteint sur les deux dernières heures d'ascension finale, commence à remonter. À tel point qu'à 17h30 et face à un superbe spot de bivouac, je décide de prolonger la journée de marche pour atteindre, 6 kms plus loin, un autre spot au confluent de deux cours d'eau. Les papillons, le mulot et le renard que je croise égaient ma course contre la montre mais il fait déjà nuit quand je parviens au fameux spot, dans un état physique digne d'un marathonien, et c'est à la frontale que je jette mes dernières forces dans le montage de la tente.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Qui êtes-vous ?

Ma photo
Natural born back-packer