Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds
11 septembre 2022
Vendredi 22 juillet
La nuit ne fut pas trop mauvaise mais j'ai la jauge d'énergie à zéro. Réveillé vers 7h par la chaleur dans la tente (dès que le soleil tape dessus, c'est un four), je sors le matelas gonflable pour lire la presse emmenée avec moi pour servir d'allume-feu. Je réalise que je n'ai presque rien avalé la veille. Non seulement je n'ai aucune faim depuis mon arrivée dans le pays (effet de la chaleur ou de l'altitude ?), mais j'ai été réveillé cette nuit par un début de tourista. Pour me remettre les idées au clair, je retourne dans la mini piscine d'eau ferrugineuse dans laquelle j'avais plongée mes jambes tremblantes la veille après avoir monté la tente et avant d'aller me coucher. C'est frais mais c'est bon, et surtout rigolo de voir son corps recouvert de minibulles, comme si je nageais dans du Perrier. Un troupeau de vaches passe, puis le paysan, qui remplit deux bouteilles à la source, m'expliquant que c'est très bon pour le corps ("minéral" en tournant la main sur le ventre, ça doit vouloir signifier ça, non ?). Tout en m'interrogeant sur l'aménageur de cette piscine, j'entreprends de la nettoyer en arrachant les quelques plantes qui se logent dans les interstices du muret. C'est dire si j'ai envie de reprendre la route... De ma baignade, j'aperçois le reste d'un foyer et me dis que c'est l'endroit idéal pour tester à nouveau mon réchaud. Il me faut faire un feu à l'extérieur du réchaud avant de le transvaser, rechercher dans les archives de mes photos pour trouver celle prise par Gaël quand il l'avait testé sur sa table de jardin, et me brûler deux fois pour parvenir à faire chauffer l'eau pour mon café. Et encore, dans la précipitation, j'ai utilisée l'eau de la source ferrugineuse. Sachant que le sachet de café soluble est un truc douteux récupéré à l'hôtel de Dushanbe et que j'y trempe un espèce de croissant industriel fourré à la confiture d'abricot pris la veille à mon auberge, v'là la baroquitude du petit déjeuner ! Je reprends ma lecture puis réfléchis à la suite de mon séjour. Il est évident que j'ai atteint mes limites. 4 jours en autonomie, entre 3000m et 4750m, avec tout mon barda sur le dos, sous un soleil vif, en dormant mal et en mangeant peu, c'est too much. Il ne faudrait pas que la souffrance l'emporte sur le plaisir de randonner. En 2009-2010 en Afrique, même quand je m'enfonçais dans la brousse, je trouvais toujours une natte pour dormir, un vrai repas par jour, et s'il y avait la chaleur, il n'y avait pas l'altitude. Et puis je n'ai plus 30 ans. Et puis je n'ai pas fait la préparation physique nécessaire. Et puis n'est pas Marco Polo qui veut. C'est évident, le programme esquissé, qui consistait à sillonner les montagnes en autonomie pendant quatre semaines, était aussi prétentieux que dangereux. Je n'ai croisé personne pendant ces deux jours au-dessus de 3000m, or je me suis fait prendre le pied sous un rocher déséquilibré et j'ai chuté à trois reprises, heureusement en m'en sortant avec des égratignures superficielles. En reprenant le topo du circuit dans "trekking in Tadjikistan", je m'aperçois qu'il est donné comme "hard", ce qui me rassure. Et je vois que le circuit suivant que je visais est donné comme "very hard" avec marche sur glacier, passage à plus de 5000m, alpinisme et parties très exposées. Je m'interrogeais sur sa réalisation, en me disant que je pourrais toujours faire demi-tour si ça devenait trop périlleux, mais maintenant je tiens ma réponse. Je décide donc de passer ma journée à finir tranquillement la randonnée et à redescendre au Pamir Lodge de Khorog où m'attend un vrai lit et une bonne douche. De quoi "me refaire la cerise" (et l'estomac), reprendre des forces avant d'envisager d'autres treks compatibles avec mes moyens physiques. Imaginer des circuits sur Google maps devant son écran et sa tasse de café, c'est une chose. Se mettre en route le ventre vide et en vrac sous 35 degrés dans des pierriers avec des débuts d'ampoules et des piqûres de moustiques, c'en est une autre.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire