Parcours

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Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds

11 septembre 2022

Lundi 8 août

Aucune énergie au réveil, mais alors zéro. Au moindre geste, je sens le palpitant qui s'agite. C'est vrai que j'ai bien carburé hier, rien mangé depuis 24h, et que je suis encore à plus de 4200m. Je me fais violence pour faire le tour du propriétaire : ce n'est pas simplement une bergerie mais carrément un petit village de bergers accolé à la falaise et tout en pierres sèches, qui est vide. Celà me donne l'impression d'avoir passé la nuit dans un village gallo-romain ou au Machu Picchu. Quand on imagine l'énergie et les milliers d'heures de travail qu'a dû représenter la construction de ce mini village, ça fait de la peine de le voir vide, certains bâtis commençant à s'affaisser. J'arrive tant bien que mal à faire chauffer de l'eau pour un café qui accompagnera le bout de pain et les trois bonbons qui me restent, dans un remake de l'épisode dragibus. Je bouquine et écoute de vieux podcasts le temps que mon organisme recouvre un semblant de carburant. Je pars à 12h mais je fais demi-tour au bout d'une demi-heure : la traversée du pierrier bien raide en diagonale au-dessus du torrent, je ne me sens pas de m'y engager. Ça a l'air moins pire de l'autre côté. À condition de trouver un endroit pour traverser ... Je dois remonter encore plus en amont que mon village abandonné et grimper sur la colline en face : à 14h, je suis à 300m de mon point de départ. Moi qui m'attendais à une descente tranquille, je passe une journée interminable. Je ne compte plus les pierriers casse-gueule en dévers à-pic du torrent, les petites remontées qui cassent les pattes et les traversées du torrent. Enlever et remettre mes chaussures à chaque fois me prendrait trop de temps et d'énergie, je vais à l'eau chaussé et habillé. À un endroit où le courant est puissant, je manque d'être emporté : j'ai de l'eau jusqu'en haut des cuisses, je me fais bouger sur une dizaine de mètres mais je parviens bon gré mal gré à conserver un semblant d'équilibre qui me permet d'atteindre la rive opposée. J'arrive à Vrang à la frontale à 20h, les jambes en feu et les pieds trempés, moisis, en compote. J'ai tout de même le loisir d'apprécier en surplomb la magnifique vue sur le Pianj, très large à cet endroit, offrant au village un puzzle de petites parcelles de céréales qui forme un dégradé de jaunes-verts assez saisissant. Et de passer au pied des anciens stupas bouddhistes du Vème siècle environ, récemment découvertes et révélant ainsi que cette religion asiatique était remontée aussi haut dans le continent. À moins que ce soit des restes d'un lieu de culte Zoroastrien, cette religion monothéiste préislamique dont certains rites persisteraient dans le secteur et dans d'autres coins isolés du pays. Décidément, le Tadjikistan porte bien son surnom de carrefour des civilisations. À ce propos, j'ai été frappé de lire que Tadjiks sont un peuple d'origine iranienne, persanophone. Avec l'Afghanistan, le Tadjikistan est le seul État de l'Asie centrale possédant une civilisation de type indo-iranien, contrairement aux pays voisins (Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan et Turkménistan) qui sont de tradition turcophone. Autre fait marquant, le tadjik s'écrit généralement avec l'alphabet cyrillique, mais il peut s'écrire aussi avec l'alphabet latin ou avec l'alphabet arabo-persan : le tadjik a été écrit avec l'alphabet arabe jusqu'au début du XXe siècle; en 1928, l'alphabet latin a remplacé l'alphabet arabo-persan qui fut lui-même remplacé par l'alphabet cyrillique en 1940. Ce dernier fut à son tour modifié en 1994 et, récemment, le gouvernement a tenté de retourner à l'alphabet latin (ça m'aurait arrangé si ça avait fonctionné mais c'est visiblement un échec). Hallucinant, non ?!

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