Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds
11 septembre 2022
Mardi 9 août
Une douche chaude, un lit presque douillet (l'usage du matelas semble aléatoire dans ce pays, ce n'est pas la première fois que je dois piller les modestes nattes des lits voisins pour rendre le mien confortable, sans compter l'absence de volets), un jus de fruits au petit-déjeuner (j'ai essayé de deviner la nature des fruits mais les langues disponibles sur la brique étaient russe, tadjik, kazakh ou kirghize), un peu de connexion internet ... que demander de mieux ? Après le trek éreintant, je n'avais pas envie de me poser dans un homestay chez des gens, faire des phrases, être dépendant de leurs horaires, etc. Le seul "hôtel" de Vrang est parfaitement situé. Non pas tant qu'il soit stratégiquement au centre du bled, mais parce que d'une part les chambres sont au second étage, ce qui permet d'avoir une vue aussi bien sur les alentours du village que sur la vie dans la rue principale, et d'autre part parce que la vie sociale du bled se déroule en bas du même bâtiment : un espèce de cabinet médical au premier étage, le "magazin" au rez-de-chaussée (où j'achète un lot de lames de rasoir PUTIN illustré par une photo du dirigeant Russe jeune et fringant) et accolé, une gargote où j'ai pris mon dîner hier et où je m'attarde devant le café ce matin. Avec le même menu à chacun de ces repas : le sympathique trentenaire qui tient l'affaire me demande "eggs ? sausages ?" Après un bref coup d'œil circulaire dans sa mini-cuisine et dans sa vitrine frigorifique où se battent trois bouteilles d'eau, je comprends qu'il est inutile de demander un menu alternatif. Mais c'est un poste d'observation privilégié : non seulement j'ai vue sur les interactions sociales de la rue (les gamins qui vont à l'école, les dames qui vont aux courses, les petits vieux désœuvrés mais élégants dans leur chemise), mais je remarque aussi que la gargote sert de repaire pour les hommes pour venir furtivement, à deux ou trois, boire un petit coup discrètement !
Même si j'ai longé longuement la frontière afghane pour arriver à Khorog, je trouve toujours hallucinant de voir ce pays de l'autre côté du fleuve. Ce filet d'eau, traversable à la nage (et qui me place donc à portée de fusil d'un loup isolé de l'État islamique ou d'un taliban), qui sépare deux mondes. Sachant que cette mince bande montagneuse afghane (entre 20 et 50 kms de large) a été conçue comme un corridor diplomatique entre les empires britanniques et tsaristes au XIXème siècle, le Pakistan étant juste derrière. Ce mince corridor a vu passer Alexandre le Grand, Marco Polo, Gengis Kahn. Et désormais Guillaume Madec, puisque les voitures étant rares dans ce coin reculé, c'est à pieds que je décide de rejoindre l'étape suivante, Yamchum, où se trouvent un ancien fort et des sources chaudes. Une bonne quinzaine de bornes à longer de nombreux petits jardins, savamment irrigués, dans lesquels des femmes (principalement) s'activent, faucille à la main. L'une d'entre elles me propose de venir l'aider pour plaisanter, et pas mal de gamins viennent à ma rencontre ("hello how are you what is your name ?"). Je n'avais pas prévu l'ascension éreintante vers le fort, qui a un sacré cachet en surplomb de la vallée, puis jusqu'aux sources de Bibi Fatima que j'atteins après presque six nouvelles heures de marche. Heureusement, l'eau y est moins chaude qu'à Jelondy. Malheureusement, je n'ai d'autre choix que remettre mes vêtements trempés et puants en ressortant ... Je prends une chambre dans un petit hôtel familial à côté et passe la fin d'après midi et le début de soirée à dîner et bouquiner dans la pièce commune. Une table de vieux m'offre un morceau de leur pain maison et deux militaires m'offrent quelques tranches de leur pastèque. Le sens de l'hospitalité n'est pas un vain mot ici.
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