Parcours

Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds

11 septembre 2022

Mercredi 10 août

Pourtant, je m'étais levé tôt. J'avais même mis mon réveil, sachant que, comme en Afrique, pour faire des distances, les voitures sont matinales. Les femmes s'activaient déjà en cuisine à 7h. Eggs, sausages, green tea, biscuits, et en route. Je comptais sur les voitures des quelques visiteurs qui redescendraient des sources chaudes de Bibi Fatima, mais je préférais avancer à pieds et, si personne ne descendait, rejoindre l'unique route qui traverse la région, celle qui longe le Pianj. Ce qui arriva. Et me voilà donc à la sortie du bled une hypothétique voiture. Sauf que comme j'ai mis un bout de temps à descendre, ben il est 10h, ce qui est bien trop tard. Avec Miossec dans les oreilles, j'attends un moment jusqu'à ce qu'une première voiture me prenne mais elle fait seulement quelques kilomètres. Les voitures sont rares, souvent remplies. Je m'imagine galérer, attendre des heures au bord de la route, ou faire des sauts de puce de village en village. Je marche un peu avec un gamin puis une autre voiture arrive : ce sont des jeunes (mon âge, quoi) qui étaient dans la même auberge que moi cette nuit. Ils sont déjà 7, mais me reconnaissent : au petit déjeuner, j'avais changé de table pour qu'ils soient plus à l'aise. Du coup, ils me prennent et on se sert à deux sur le siège passager devant. Ils sont tranquilles, ça rigole et ça chante, musique à fond dans l'autoradio. Quelques minutes plus tard, ils s'arrêtent et se mettent à inspecter les mares à droite de la route. Une gamine me tend Google translator sur son téléphone "go find healing worms" : à l'aide de tamis, ils récupèrent des espèces de sangsues ... Va falloir que je sois plus vigilant sur leurs sources thérapeutiques ! J'en profite pour aller faire un plouf dans une piscine naturelle à côté. On continue cette route agréable, malgré les tronçons qui ont dû oublier qu'ils ont été bitumés un jour. Le décor reste majestueux : des géants de pierre de part et d'autre, au milieu un cours d'eau parfois large et calme, parfois resserré et colérique, et sur toute la superficie plane des berges du Pianj, des petites parcelles cultivées dans lesquelles s'activent à genoux des femmes aux robes à motifs souvent rouges, aux cheveux presque toujours cachés dans des fichus qui couvrent parfois aussi le visage. Et toujours en face l'Afghanistan : pas de goudron, presque aucun véhicule, mais des cultures identiques. Parfois, le Pianj est si resserré que l'on peut se dévisager avec les villageois Afghans : ça fait bizarre quand ils sont en vêtements traditionnels, comme dans la BD "Le photographe" ou sur les photos prises par mon père au cours de l'été 1976 qui décorent les murs de l'escalier chez mes parents. On s'arrête à nouveau à une source. Je fais un nouveau plouf dans la mini piscine aménagée : avec le soleil et le vent, on sèche en deux minutes. Cette omniprésence de l'eau, sous toutes ses formes, je n'en reviens toujours pas. Surtout au milieu de ces montagnes si rocailleuses et arides. Je n'ose y croire : le temps passe et la voiture continue à tracer. On dépose Karim en route, et je récupère le siège passager pour moi tout seul. Je paye 150 TJS à la station essence pour remettre du carburant, et à 17h, je me fais déposer à Khorog ! Inespéré. Je marche jusqu'à ma terrasse préférée. La gérante vient à ma rencontre et me demande quel beau tour j'ai pu bien faire depuis deux semaines et demi que je suis parti. Je lui raconte mais elle m'avoue rapidement qu'elle ne connait pas sa propre région. Le ice mint tea est toujours aussi bon, mais la montagne en face n'a plus la même allure : elle reste imposante mais me paraît nettement moins effrayante depuis que j'ai traversé un paquet de ses homologues ! La gérante me fait remarquer, quand je commande un second plat en me justifiant que je n'ai pas beaucoup mangé dans les montagnes, que mes joues se sont creusées par rapport à la première fois où je suis venu dans son établissement. Ah, ce serait donc vrai ? Sur le chemin du Pamir lodge, je rentre dans une boutique m'acheter une friandise. Il y a une balance. Je pèse mon sac : 12 kgs, c'est très raisonnable. Je monte dessus : 76 kgs, j'ai donc bien perdu une dizaine de kilos, je n'en reviens pas même si ça fait trois semaines que je ne fais que marcher, avec un repas par jour et pas une goutte d'alcool. Le caissier de la boutique voit ma réaction surprise, je lui explique alors que j'ai perdu du poids après avoir randonné. Il monte sur sa balance, se tapote le ventre bien rond et secoue la tête en voyant le résultat. Je lui montre les montagnes au-dessus et lui tends mon bâton, il éclate de rire.

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