Parcours

Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds

11 septembre 2022

Mardi 19 juillet

Avant de partir, je révise les médicaments de ma pharmacie : je n'ai pas pris les emballages ni les notices, et je me mélange entre l'anti diarrhéique et celui contre le mal aigu des montagnes. J'ai décidé de faire le trek qui va de Tusion à Verdara, dans la vallée de la Shokdara. Il n'a pas l'air très long et c'est facilement accessible depuis Khorog. Dernier brief avec Saïd le manager du super Pamir Lodge qui à 8h rentre de son entraînement quotidien de football. Échange de numéros de téléphone, au cas où j'ai besoin de contacter qqun dans le secteur. Départ tranquille pour sortir de la ville, puis une fois franchi le checkpoint de Khorog, je fais du stop jusqu'à l'embranchement de mon village de départ avec un chauffeur de taxi, ouvrier retraité de la compagnie d'énergie du Pamir, qui m'offre la course. Ça commence sec, je progresse lentement mais agréablement en longeant un ruisseau canalisé qui alimente au passage chaque habitation. Il y a un peu de monde dans ce gros village agricole et alors que j'atteins son sommet, je me fais interpeller par trois jeunes filles (16-17 ans) qui veulent juste discuter pour pratiquer leur anglais avec un étranger. J'hallucine de leur intrépidité mais engage bien volontiers la conversation qui confirme leur curiosité mais aussi une ouverture sur le monde que je ne soupçonnais pas. Moment comique quand passe à côté de nous, arrêtés au bord du chemin, leur enseignante qui surprend ses élèves en train de mettre en pratique ses cours : la plus bavarde m'avoue qu'elle est en profonde admiration pour elle (" she is so beautiful, so styly"), mais qu'elle ne veut surtout pas faire son métier. Les deux garçons que je rencontre un peu plus haut sont nettement moins entreprenants mais non moins sympathiques : ils commencent par m'offrir des sortes de cassis sauvages, puis insistent pour m'aider à porter mon petit sac à dos, et deux kilomètres environ après avoir quitté Tusion, m'entraînent au bord du chemin derrière un joli terrain de foot pour me montrer leur endroit préféré de baignade, un coin calme du ruisseau qui fait un coude et offre une superbe piscine naturelle bordée d'un gazon que les vaches se font un plaisir de transformer en pelouse digne d'un green de golf. À la sortie de ce dernier village, ils me font signe qu'ils ne peuvent monter plus haut et je récupère mon sac et ma marche solitaire. Le paysage se transforme progressivement : d'une vallée agricole, je passe à de la moyenne montagne où ne subsistent que quelques bergers et leurs troupeaux. Je fais une petite sieste dans l'ombre du pli du flanc est, puis reprend le chemin qui mène aux alpages. Arrivé sur un long replat en fin d'après-midi, je pose mon bagage sur une jolie pelouse plate idéale pour poser la tente. Patatras : un énorme troupeau envahit le site, puis le berger apparaît, qui me fait comprendre que ce n'est le bon endroit pour se poser. Moi qui pensais que la journée de sueur était achevée, me voici contraint de recharger la mule. Pas très longtemps, puisque rapidement apparaît une fortification sommaire en pierres : il s'agit de sa bergerie d'estive. Je ne me rappelle plus de son prénom mais pour moi, ce sera François, tellement il ressemble au berger Lozèrien de mon enfance : les mêmes traits burinés, le même regard malicieux de celui à qui on ne l'a fait pas, la même démarche légèrement voûtée mais d'une efficacité redoutable. Il officie à la manette du troupeau avec son fils, un grand ado au visage doux. À leur arrivée, sa femme, sa fille qui doit avoir un âge proche de son frère et un petit de deux ans accourent vers eux. Mais pas le temps pour les papouilles, il faut faire rentrer tout le troupeau de brebis dans l'enclos, puis ensuite récupérer les plus jeunes brebis pour les mettre dans un enclos spécifique. François me donne un bâton pour aider à la tâche, mais j'ai été aussi incapable d'attraper les jeunes brebis à mains nues que je ne l'aurais été de les balancer dans leur nouvel enclos. Je fais beaucoup rire le petit dernier, qui passe son temps à me faire des "pouces" et à éclater de rire quand je lui réponds par le même geste. Le soleil est tombé entre-temps, ce n'est pas ce soir que je monterai la tente. Ni que je testerai le réchaud à bois : invité à m'allonger sur une natte dans un abri attenant à l'enclos et constitué de trois murs en pierre d'un mètre de haut et d'un toit en bois, je manque de m'endormir quand la femme du berger nous apporte un plat de pâtes baignant dans de l'huile et une sorte de crème fraîche faite sur place. Tout à fait mangeable : j'avoue que j'appréhendais un peu vu ce que j'avais lu et entendu sur la nourriture locale. Les deux ados s'affrontent aux cartes à même le sol à grands éclats de rire tandis que le petit est fasciné par l'écran de mon téléphone. Je ne suis pas déçu quand François me désigne l'endroit pour dormir, qui est le même que celui où on vient de dîner, c'est-à-dire quasiment à la belle étoile.

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