Parcours
Rouge : 1120 kms en voiture - Bleu : 300 kms à pieds
11 septembre 2022
Samedi 16 juillet
Je suis arrivé à Dushanbe très tôt ce matin, après un voyage de 20h depuis Bordeaux, étonnamment sans encombres mais sans dodo non plus.
Seul, donc, Gaël ayant contracté le Covid la semaine dernière et s'étant vu refuser le Visa d'entrée, sans motif. Deux ans et demi qu'on préparait et reportait ce voyage été après été en fonction de la crise sanitaire et des fermetures de frontières : on avait failli prendre nos billets en février 2020, juste avant le premier confinement.
Je ne concevais pas ce voyage sans lui, mais j'imaginais encore moins ne pas partir. Il m'a grandement facilité les choses en m'encourageant à partir quand même tout en me glissant : "tu ne fais pas tout, hein ?!". Jeudi soir, j'étais passé (devant) chez lui pour récupérer l'altimètre et le réchaud à bois. On avait trinqué, chacun d'un côté de sa porte d'entrée, masque et gel à l'appui. Alors que je lui faisais part de mes doutes (même à deux dans ces contrées, il y a une part de risques), il m'avait rassuré en me souhaitant bon voyage sur ces mots : "on va bien au bout du monde avec un paquet de dragibus".
N'empêche qu'à 3h45 quand je suis sorti de l'aéroport de Dushanbe et que je ne savais que faire d'autre que marcher en direction du centre ville, j'aurais préféré qu'il soit là. Mes premières images du pays ? Des flics tous les 50 mètres à 4h du matin dans les artères principales, des femmes, fichus sur la tête, qui tel des fantômes dépoussiérent les trottoirs avec des balais en paille, une architecture prétentieuse et kitsch dans l'hypercentre, tranchant avec des faubourgs en ciment. Mes premiers contacts ? Trois clodos sur le banc public en face du mien, et un gardien de parc municipal. Mais va falloir que j'apprenne qq mots de russe ou de tadjik pour aller plus loin dans les échanges.
J'ai réussi à réserver un hôtel, retirer de l'argent et acheter le permis spécial nécessaire pour aller randonner dans le Pamir, mais j'ai encore un peu de mal à réaliser ce que je fous là : je me rappelle que ce n'est pas le type de région où je serais allé spontanément : le Tadjikistan, ce n'était pas dans mon radar, pas dans ma "to-go list". Mais malgré leurs têtes de lutteurs Turcs ou de tortionnaires Sibériens, ceux avec qui j'ai échangé qq mots m'ont l'air sympathiques. Et puis ce mélange de chaleur sèche et poussiéreuse, d'odeurs de fritures et d'égoûts, de décorations surannées et de trottoirs biscornus, ça me rappelle l'Afrique ! Départ tôt demain matin pour Khorog en taxi collectif inch'Allah, avant de rentrer dans le dur. L'aridité des paysages, l'altitude, ma condition physique, mon autonomie en batterie et en nourriture, me posent question : je sais que je vais prendre des claques mais je suis tellement impatient de m'y confronter ...
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